A personal reflection on freedom of expression, satire, and respect for victims.
This episode asks a simple question: just because we can say everything… should we?
English translation available at the end of the article
Bienvenue à tous. Bienvenue sur mon podcast. Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous une réflexion qui me tient à cœur.
Il y a quelques jours, le journal français Charlie Hebdo a publié un dessin qui a provoqué beaucoup de réactions en Suisse et en France.
Ce dessin fait référence à une terrible tragédie survenue à Crans-Montana, une station de ski suisse.
Que s’est-il passé là-bas ?
Le 31 décembre 2025, pendant les célébrations du Nouvel An, un incendie dramatique a ravagé un bar de Crans-Montana.
Le bilan est absolument tragique : 40 jeunes personnes sont mortes brûlées vives. Plus de 117 autres ont été blessées et son toujours à l’hôpital.
Des dizaines de jeunes qui célébraient le passage à la nouvelle année vont devoir s’habituer à leur nouvelle vie de grands brûlés. Des familles brisées. Un pays en deuil.
Quelques jours après ce drame, Charlie Hebdo a publié un dessin satirique sur cet événement.
Et cela m’amène à une question profonde : Jusqu’où va la liberté d’expression ? Et surtout, comment doit-on l’utiliser ?
Pour ceux qui ne connaissent pas, Charlie Hebdo est un journal satirique français très particulier.
Depuis des décennies, ce journal utilise l’humour, les dessins et l’ironie pour critiquer absolument tout : les politiciens, les institutions, les religions, la société...
Certains admirent ce journal pour son indépendance et son refus des tabous. D’autres le trouvent provocateur, parfois inutilement blessant.
En janvier 2015, Charlie Hebdo a vécu un drame terrible. Le journal a été attaqué par des terroristes. Douze personnes ont été tuées, dont plusieurs dessinateurs.
Après cette tragédie, le slogan « Je suis Charlie » est apparu partout dans le monde. C’était un cri de solidarité, un message de défense de la liberté d’expression.
Mais aujourd’hui, près de 10 ans après, je continue de me poser certaines questions.
Personnellement, je n’ai jamais été Charlie. Pas parce que je suis contre la liberté d’expression. Au contraire, je la défends profondément.
Mais parce que défendre le droit de quelqu’un à s’exprimer ne signifie pas approuver forcément tout ce qu’il dit.
C’est une nuance importante. Et c’est cette nuance que je voudrais explorer aujourd’hui.
Revenons au dessin récent.
Le 9 janvier 2026, Charlie Hebdo a publié un dessin du caricaturiste Eric Salch.
On y voit deux skieurs. Au-dessus : « Les brûlés font du ski ». En dessous : « La comédie de l’année ».
C’est bien sûr une référence au célèbre film comique français Les Bronzés font du ski.
Mais ici, le contexte change tout. On parle de 40 jeunes morts brûlés vifs dans un incendie, quelques jours auparavant.
Ce dessin a été publié le jour même du deuil national en Suisse.
La réaction a été immédiate. Sur les réseaux sociaux, des milliers de personnes ont exprimé leur tristesse, leur incompréhension, leur colère.
Une jeune femme française, elle-même victime de graves brûlures, a écrit quelque chose de très juste :
« Ce n’est pas de l’humour. Il existe une chose qui s’appelle la DÉCENCE. »
Et c’est là que commence ma réflexion.
Où se situe la frontière entre la satire légitime et la provocation blessante ?
Parlons maintenant de la liberté d’expression.
C’est un droit (fondamental) dans toute démocratie. Et je le défends absolument.
Oui, Charlie Hebdo a le droit légal de publier ce dessin. Aucun doute là-dessus.
Mais voilà ce que je pense : ce n’est pas parce qu’on a le droit de faire quelque chose qu’il est nécessaire ou intelligent de le faire.
On a le droit de dire beaucoup de choses. Mais dans la vie quotidienne, on choisit souvent de ne pas tout dire. Par respect. Par empathie. Par sagesse.
Prenons un exemple simple :
Vous avez le droit de dire à votre ami qu’il a grossi. C’est légal. Mais vous ne le faites probablement pas, parce que vous savez que ça peut le blesser.
Vous avez le droit de critiquer publiquement quelqu’un qui vient de perdre un proche. Mais vous ne le faites pas, par décence.
La liberté d’expression est un outil magnifique. Mais comme tout outil puissant, elle demande du discernement.
Elle demande de se poser la question : pourquoi je dis cela ? Quel est le but ?
Dans le cas de ce dessin de Charlie Hebdo, je me demande sincèrement : quel était le but ?
Dénoncer une injustice ? Non, il n’y a pas d’injustice à dénoncer ici, juste un accident tragique.
Faire réfléchir ? Sur quoi exactement ?
Critiquer le pouvoir ? Ces victimes n’avaient aucun pouvoir.
Alors... pourquoi ?
Cela m’amène à une réflexion plus large sur ce qu’est la satire.
Historiquement, la satire a toujours eu un rôle précis : critiquer les puissants, dénoncer les abus, défendre les faibles.
Les grands satiristes de l’histoire se moquaient des rois, des dictateurs, des institutions corrompues.
La satire, c’est taper vers le haut.
Et justement, dans le cas de Crans-Montana, il y avait matière à dénoncer les puissants.
Les propriétaires du bar ? Leur rôle dans cette tragédie n’est pas très clair. Des questions se posent.
Les autorités chargées du contrôle de sécurité ? Elles ont vraisemblablement fait un travail douteux. Pourquoi cet incendie a-t-il pu se produire ?
Voilà des cibles légitimes pour la satire. Voilà où un dessinateur aurait pu utiliser son talent pour dénoncer, pour questionner, pour faire réfléchir.
Mais non. Charlie Hebdo a choisi de se moquer des victimes. Des jeunes morts. Des brûlés.
Pourquoi cette cible ?
Se moquer d’un président qui abuse de son pouvoir ? C’est de la satire intelligente.
Dénoncer des propriétaires négligents ou des autorités incompétentes ? C’est le rôle de la satire.
Se moquer de jeunes morts dans un accident tragique ? Je ne sais pas comment appeler ça. Mais ce n’est plus de la satire au sens noble du terme, selon moi.
Il y a une différence fondamentale entre choquer les puissants et blesser les faibles.
Et je pense que Charlie Hebdo perd parfois cette distinction.
Maintenant, une question importante.
Est-ce que critiquer Charlie Hebdo signifie vouloir le censurer ?
Absolument pas.
Mais laissez-moi vous raconter ce qui m’est arrivé.
Quand j’ai dénoncé cette caricature sur les réseaux sociaux (ce que je fais rarement mais cette fois j’ai craqué), je me suis fait traiter de censeur.
Au lieu de réfléchir au fond de mon message, les gens m’ont attaqué au nom de la liberté d’expression.
On m’a accusé d’être « du genre à vouloir brûler des livres ».
Brûler des livres. Moi. Parce que j’ai dit qu’un dessin était cruel et inutile.
On m’a dit d’épargner aux autres ma « moraline sur le respect des morts », que la France avait mis assez de temps à se débarrasser des « curetons et des grenouilles de bénitier ».
Et enfin, on m’a expliqué que tout cela était « de moins en moins tolérable en 2026 » simplement parce que les gens comme moi étaient « de moins en moins tolérants et moralisateurs ».
Vous voyez le problème ? Bon, je tiens à préciser que j’ai quand même eu pas mal de like.
Dès que vous critiquez Charlie Hebdo, on vous accuse de censure. On vous traite de moralisateur. On vous compare à ceux qui brûlent des livres.
Mais attendez.
Je ne demande pas qu’on interdise ce journal. Je ne demande pas qu’on l’empêche de publier.
Je demande simplement qu’on puisse en débattre.
Je demande qu’on puisse dire : « Oui, vous avez le droit. Mais non, ce n’était pas nécessaire. »
C’est ça, une société démocratique saine.
On peut défendre un droit tout en critiquant la façon dont il est utilisé.
La liberté d’expression, c’est aussi la liberté de critiquer ceux qui s’expriment.
Si critiquer Charlie Hebdo fait de moi un censeur, alors critiquer le président fait de vous un anti-démocrate ? Bien sûr que non.
Le débat n’est pas la censure. La critique n’est pas l’interdiction.
Et traiter quelqu’un de « moralisateur » ou de « grenouille de bénitier » parce qu’il défend le respect des morts...
C’est un argument facile pour éviter de réfléchir.
Alors, pour conclure cette réflexion.
Je ne suis pas Charlie. Je ne l’ai jamais été.
Mais je défends totalement leur droit d’exister, de publier, de s’exprimer.
Ce que je défends aussi, c’est le droit de dire : la liberté d’expression mérite mieux que ça.
Elle mérite du discernement. De l’intelligence. Et parfois, du silence.
Avoir le droit de tout dire ne signifie pas qu’il faut tout dire.
La vraie force, ce n’est pas de choquer à tout prix.
La vraie force, c’est de savoir quand parler... et quand se taire.
Et vous savez ce qui me frappe le plus dans tout ce débat ?
Nous vivons à une époque où éprouver de l’empathie peut être perçu comme une faiblesse (Coucou Elon Musk), voire comme un danger.
Défendre le respect des morts ? On vous traite de moralisateur.
Demander de la décence ? On vous accuse de censure.
Éprouver de la compassion pour des familles en deuil ? On vous dit que vous êtes trop sensible.
Mais c’est exactement l’inverse.
L’empathie n’est pas une faiblesse. C’est une force.
C’est ce qui nous rend humains. C’est ce qui nous permet de vivre ensemble.
Et notre monde actuel en a bien besoin.
Plus que jamais, nous avons besoin de cette capacité à nous mettre à la place de l’autre. À ressentir sa douleur. À respecter sa souffrance.
Ce n’est pas de la moraline. C’est de l’humanité.
Alors oui, je continuerai à défendre la liberté d’expression.
Mais je continuerai aussi à défendre l’empathie, le respect, et la décence.
Parce que ces valeurs ne s’opposent pas. Elles se complètent.
Et maintenant, j’aimerais vraiment savoir ce que vous en pensez.
Êtes-vous d’accord avec moi ? Pas d’accord ?
Pensez-vous qu’il y a des limites à la satire, ou que tout doit être dit ?
Laissez-moi un commentaire. Partagez votre réflexion.
Même si vous n’êtes pas d’accord avec moi, j’aimerais vous lire. C’est ça, le vrai débat.
Merci de m’avoir écouté. Prenez soin de vous, et surtout, prenez soin des autres.
À bientôt.
Vocabulaire utile - Niveau B1+
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qui me tient à cœur = that is important to me
je me pose des questions = I ask myself questions
je me demande sincèrement = I sincerely wonder













