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Podcast #30 : Le patois, quand la France parlait mille langues
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Podcast #30 : Le patois, quand la France parlait mille langues

From Language Diversity to French Dominance

Did you know that 200 years ago, over half of France couldn’t speak French?

Discover the fascinating (and sometimes shocking) story of “patois”, the regional languages France tried to erase.

From Breton to Occitan, from punishment in schools to modern revival in the hip-hop... this is the untold story of France’s linguistic diversity.

🎧 Listen now! (Level: B1 French learners)

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« Il faut bien comprendre que non seulement les patois ne sont pas du français déformé, mais que le français n’est qu’un patois qui a réussi. »

Henriette Walter

Salut à tous ! Aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire d’un mot qui cache un secret incroyable sur la France : le patois.

Vous connaissez peut-être ce mot. On l’entend parfois dans les villages, ou quand les grands-parents racontent leurs souvenirs. Mais savez-vous ce qu’il signifie vraiment ? Et pourquoi il a presque disparu ?

Un mot qui vient des pieds !

Alors, d’où vient le mot “patois” ? C’est assez drôle : il vient probablement du vieux mot français patoier, qui veut dire “gesticuler avec les mains” ou “bouger les pieds”. Ça vient de patte, comme la patte d’un animal !

Pourquoi ? Parce qu’autrefois, les gens riches et éduqués pensaient que les paysans “parlaient avec leurs mains”, d’une manière simple, sans élégance. Pour eux, le vrai français, c’était celui qu’on parlait à Paris, à la cour du roi. Le reste ? C’était du “patois”, la langue du peuple.

Imaginez la scène : un noble parisien arrive dans un village de Bretagne. Il n’y comprend rien ! Les habitants parlent breton. Alors il dit avec mépris : “Ah, ils parlent patois ici.” Comme si ce n’était pas une vraie langue.

La Révolution veut tuer les langues régionales

Mais l’histoire devient vraiment incroyable en 1794, pendant la Révolution française. Un homme, l’abbé Henri Grégoire, écrit un rapport avec un titre choquant : “Sur la nécessité d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française”.

Oui, vous avez bien lu : anéantir. Détruire. Faire disparaître.

Pourquoi un tel vocabulaire violent ? Parce qu’à cette époque, plus de la moitié des Français ne parlent pas français ! L’abbé Grégoire fait une enquête et découvre des chiffres stupéfiants :

  • Sur 25 millions de Français, seulement 3 millions parlent “purement” le français

  • 6 millions sont totalement incapables de tenir une conversation en français

  • Dans 30 départements sur 83, on ne parle quasiment pas français

Ils parlent quoi alors ? Breton, occitan, alsacien, basque, corse, picard, normand, provençal, catalan... La France est un véritable puzzle linguistique !

Et pour les révolutionnaires, c’est un problème énorme. Comment unifier le pays si tout le monde ne parle pas la même langue ? Comment diffuser les idées de Liberté, Égalité, Fraternité si les paysans bretons ne comprennent pas les décrets venus de Paris ?

Bertrand Barère, un autre révolutionnaire, est encore plus direct. En janvier 1794, il déclare devant la Convention : “Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l’émigration et la haine de la République parlent allemand ; la contre-révolution parle italien et le fanatisme parle basque.”

Vous comprenez le message ? Les langues régionales sont désormais associées aux ennemis de la République. Parler breton, c’est être contre la Révolution. Parler alsacien, c’est être suspect de sympathies avec l’étranger.

Alors ils décident : une seule langue pour tous. Le français. Les autres langues sont considérées comme “anciennes”, “dangereuses” même, parce qu’elles empêchent les idées nouvelles de circuler.

Mais dans les faits ? Les révolutionnaires ont peu de moyens. Ils envoient quelques instituteurs dans les campagnes pour enseigner le français. Ça ne marche pas vraiment. La Révolution a d’autres urgences : la guerre, la Terreur, les révoltes...

Le vrai changement viendra plus tard. Beaucoup plus tard.

L’école de la République : la guerre contre les langues

Il faut attendre la fin du XIXᵉ siècle pour que la machine se mette vraiment en marche. En 1881-1882, Jules Ferry fait voter des lois historiques : l’école devient obligatoire, gratuite et laïque pour tous les enfants de 6 à 13 ans.

Et dans cette école, une seule règle absolue : on ne parle que français.

C’est là que commence le vrai drame. Imaginez : vous êtes un enfant breton de 6 ans. Vous n’avez jamais entendu un mot de français de votre vie. Vos parents parlent breton. Vos grands-parents parlent breton. Tout le village parle breton.

Et soudain, on vous envoie à l’école. L’instituteur arrive de Paris ou de Rennes. Il ne parle pas breton. Il ne veut pas entendre de breton. Si vous posez une question en breton, il ne répond pas. Si vous parlez breton dans la cour, vous êtes puni.

Dans toute la France, un système terrifiant se met en place : le “symbole” ou le “signal”.

Le principe est simple et cruel : le premier enfant surpris à parler breton, occitan, alsacien ou corse en classe ou dans la cour reçoit un objet. Un sabot en bois. Une pierre. Un morceau de bois marqué. Parfois un os, ou même un petit crâne d’animal.

La règle ? Il doit garder cet objet jusqu’à ce qu’il entende un autre élève parler patois. Alors il peut lui donner. C’est comme un jeu de “patate chaude”, sauf que ce n’est pas un jeu.

À la fin de la journée, l’élève qui a encore le “symbole” est puni : coups de règle sur les doigts, mise au coin, lignes à copier (”Je ne parlerai plus patois à l’école” — cent fois, deux cents fois), parfois même coups de martinet.

Le résultat psychologique est dévastateur. Les enfants se surveillent entre eux. Ils se dénoncent. Ils ont peur. Et surtout, ils intériorisent le message : ma langue est mauvaise. Ma langue est honteuse. Mes parents parlent mal.

Le service militaire et l’exode rural

Mais l’école n’est pas la seule responsable. Il y a aussi le service militaire, qui devient obligatoire en 1872. Pendant deux ou trois ans, les jeunes hommes quittent leur village. Ils se retrouvent dans des casernes avec des Bretons, des Occitans, des Alsaciens, des Corses, des Parisiens.

La langue commune ? Le français. Les ordres sont en français. Les discussions entre soldats de régions différentes sont en français. Quand ils rentrent chez eux, ils ont pris l’habitude. Et ils ont compris que le français est la langue du pouvoir, de la mobilité sociale.

Et puis il y a l’exode rural. À partir de 1880, des millions de paysans quittent leurs villages pour les villes : Paris, Lyon, Marseille, les bassins miniers du Nord. Dans les usines, dans les ateliers, impossible de travailler si on ne parle pas français.

Leurs enfants grandissent en ville. Ils vont à l’école en ville. Ils parlent français entre eux. La langue des parents devient celle du dimanche, celle des visites chez les grands-parents. Puis elle disparaît.

Une France multilingue incroyable

Mais avant cette uniformisation, la France était un véritable puzzle de langues. Imaginez : vous voyagez de Lille à Marseille au XVIIIᵉ siècle. Tous les 50 kilomètres, les gens parlent différemment !

Combien de langues exactement ? Bon, pas vraiment mille langues. C’est une façon de parler ! Mais les linguistes comptent environ 75 à 100 langues et variétés régionales distinctes. Et si on ajoute toutes les micro-variations locales, on arrive facilement à plusieurs centaines de “parlers” différents ! C’est énorme pour un seul pays, non ?

Au nord, on parlait les langues d’oïl : picard, normand, gallo... Ces langues ressemblent au français, mais ce ne sont pas des “mauvais français”, ce sont des langues à part entière.

Au sud, les langues d’oc : occitan, provençal, gascon... Le mot “oc” veut dire “oui” en occitan. D’ailleurs, vous connaissez peut-être le Languedoc ? Ça vient de “langue d’oc” !

Et puis il y avait des langues complètement différentes :

  • Le breton, une langue celtique venue de Grande-Bretagne

  • Le basque, une langue mystérieuse qui n’a aucun lien avec les autres langues d’Europe

  • L’alsacien, une langue germanique proche de l’allemand

  • Le corse, proche de l’italien

Fait fascinant : au Moyen Âge, un troubadour qui chantait en occitan était compris de Toulouse jusqu’à Barcelone en Espagne, mais pas à Paris ! Les poètes du sud de la France étaient célèbres dans toute l’Europe. Leur langue était considérée comme noble, raffinée, parfaite pour la poésie d’amour.

Et aujourd’hui ?

Bonne nouvelle : ces langues ne sont pas totalement mortes ! Aujourd’hui, environ 1 million de personnes parlent encore occitan, et 200 000 parlent breton. C’est peu, mais ça existe.

Il y a même des écoles où les enfants apprennent en deux langues :

  • Les écoles Diwan en Bretagne (tout en breton !)

  • Les Calandreta en Occitanie

  • Les Ikastola au Pays basque

Aujourd’hui, des artistes utilisent Internet pour faire vivre les langues régionales. En Bretagne, des rappeurs comme Plouz & Foen ou Krismenn publient des clips en breton sur YouTube et touchent un public jeune. De leur côté, des créateurs partagent aussi des vidéos en occitan sur TikTok et les réseaux sociaux.

Internet permet à ces langues minoritaires de se moderniser et de trouver de nouveaux espaces d’expression.

Et depuis 2008, la Constitution française dit officiellement que “les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France”. C’est une reconnaissance importante.

Alors, “patois” ou “langue régionale” ?

Le mot “patois” divise toujours les gens. Certains disent avec fierté : “Je parle le patois de mon grand-père.” Pour eux, c’est une identité, un trésor familial.

D’autres refusent ce mot. Ils préfèrent dire “langue régionale” parce que “patois” sent encore le mépris, l’insulte.

Les linguistes sont clairs : un patois n’est pas une langue inférieure. C’est une vraie langue, avec sa grammaire, ses règles, sa beauté. La seule différence ? L’État n’a pas décidé d’en faire la langue officielle.

Pour conclure

L’histoire du mot “patois” nous montre donc quelque chose d’important : pendant des siècles, la France n’était pas qu’un pays francophone. C’était un pays de mille langues, mille accents, mille façons de voir le monde.

Ces langues ont presque disparu, mais pas complètement. Et peut-être qu’en les redécouvrant, on retrouve une partie de l’âme de la France : une France diverse, colorée, pleine de voix différentes.

Alors la prochaine fois que vous entendez quelqu’un dire “chez nous, on parle encore patois”, écoutez bien. Ce n’est pas juste un vieil accent. C’est de l’histoire vivante. C’est une résistance. C’est de la mémoire qui refuse de mourir.

Et vous, est-ce que dans votre région, on parle encore une langue régionale ? Est-ce que vos grands-parents connaissent des mots que vous ne comprenez pas ? Ça vaut la peine de demander. Parce que chaque mot sauvé, c’est un peu de richesse qui reste.

Merci de m’avoir écouté, et à bientôt pour une nouvelle histoire de la langue française !

PS: Comme d’habitude, retrouvez du contenu supplémentaire sur mon Blog Substack : learnfrenchwithtimo.com

Sources : GRÉGOIRE, Henri. Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française. Paris : Convention nationale, 1794.

Wikipedia.

LODGE, R. Anthony. Le français : Histoire d’un dialecte devenu langue. Paris : Fayard, 1997.

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