This week, I’m sharing the story of a French filmmaker whose life and work left a deep mark on both France and Hollywood. A journey through war, memory, and cinema while practising French.
Main visual for feature documentary Pierre Schoendoerffer, The Sentinel of Memory, by Raphaël Millet, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
English translation available below
Bonjour à tous, bienvenue sur ce nouvel épisode de mon podcast.
Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un réalisateur français qu’on admire moins en France ou à l’étranger, mais qui a profondément marqué le cinéma français et qui a eu une influence inattendue sur Hollywood : Pierre Schoendoerffer.
Avant de devenir réalisateur, Schoendoerffer était caméraman de guerre. En 1954, il part couvrir la bataille de Diên Biên Phu (en Indochine) pour le service cinématographique de l’armée française. Pendant le siège, il filme autant qu’il peut, jusqu’à ce qu’il soit capturé par le Viet Minh. Il passera plusieurs mois prisonnier, une expérience qui va le marquer à vie et inspirer toute son œuvre.
À partir de ce moment, la guerre devient son grand sujet. Pas la guerre héroïque ou spectaculaire comme à Hollywood, mais la guerre vécue de l’intérieur : la fatigue, la peur, le courage ordinaire, mais aussi la fraternité entre les hommes qui la traversent.
Son premier grand film, “La 317e section”, sorti en 1965, reste sans doute son chef-d’œuvre. Il l’a tourné au Cambodge, avec Jacques Perrin et Bruno Cremer. Le film raconte le repli d’un petit groupe de soldats français pendant la guerre d’Indochine. Ce n’est pas un film d’action, c’est un film d’endurance. On y sent la chaleur, la peur, la tension… tout ce que Schoendoerffer avait lui-même vécu dix ans plus tôt.
Douze ans plus tard, il réalise “Le Crabe-Tambour”, en 1977. Cette fois, on quitte la jungle pour la mer. Le film raconte la rencontre entre des anciens marins qui se souviennent d’un officier disparu, surnommé “le Crabe-Tambour”. C’est un film plus lent, plus nostalgique, presque méditatif. Il y parle de fidélité, de mémoire et de la valeur de la parole donnée. Le trio d’acteurs est magnifique : Jean Rochefort, Jacques Perrin, Claude Rich… des voix, des visages, et un ton d’une grande justesse.
Ensuite vient “L’Honneur d’un capitaine”, en 1982, où il s’intéresse à la responsabilité des militaires pendant la guerre d’Algérie, à la frontière entre le devoir et la morale. Ce film soulève une question : Le jugement des soldats doit-il rester une affaire militaire, dans la mesure où les circonstances sont toujours exceptionnelles ?
Et enfin, en 1992, il réalise “Diên Biên Phu”, le film de sa vie, tourné presque quarante ans après la bataille qu’il avait lui-même vécue. C’est à la fois une reconstitution historique et une sorte de mémoire personnelle mise en images.
Mais l’influence de Schoendoerffer ne s’arrête pas à la France. Son roman “L’Adieu au roi” a indirectement inspiré “Apocalypse Now” de Francis Ford Coppola. John Milius, qui a travaillé sur le scénario et qui était un grand admirateur du roman depuis 1970, s’en est inspiré pour certaines scènes.
De même, Oliver Stone, avant le tournage de Platoon, s’est référé à La Section Anderson comme source de documentation et d’inspiration. Le cinéma américain a donc, en partie, puisé dans le réalisme et l’honnêteté de Schoendoerffer pour représenter la guerre de manière plus authentique.
Mais revenons à ce documentaire qui a marqué sa carrière : “La Section Anderson”, sorti en 1967.
Cette fois, Schoendoerffer part filmer la guerre du Vietnam, non pas du côté français, mais avec une unité américaine. Il vit avec eux, mange avec eux, dort sur le terrain et filme tout ce qu’il voit, sans filtre.
Le résultat est un documentaire d’une honnêteté rare : pas de musique dramatique, pas de narration patriotique, juste la réalité du terrain.
Et cette vérité brute a été récompensée par l’Oscar du meilleur documentaire en 1968, un exploit pour un réalisateur français.
Mais le film a aussi dérangé : aux États-Unis, il a été censuré pendant plusieurs années, parce qu’il montrait une image du Vietnam bien différente de celle que le gouvernement voulait donner à l’époque. Aujourd’hui, c’est un document essentiel pour comprendre la guerre et la manière dont elle est vécue par ceux qui la font.
Si je voulais vous parler de Schoendoerffer, c’est aussi pour une raison personnelle. Je suis moi-même fils (et petit-fils, arrière-petit-fils, frère, cousin…) de militaire, et j’ai grandi entouré de films de guerre. Chez moi, c’était un genre familier, presque banal, entre deux classiques de Spielberg ou Kubrick. Je me rappelle encore de la pochette de la VHS de Platoon, qui m’intriguait depuis que j’étais tout petit, jusqu’au jour où j’ai été suffisamment grand pour enfin le regarder.
Mais les films de Schoendoerffer m’ont toujours semblé différents. Il ne cherche ni à faire du spectacle, ni à juger. Il filme la guerre comme une épreuve humaine, pleine de contradictions, de silences et parfois de fraternité, et il ne cherche pas à la glorifier, seulement à la montrer telle qu’elle est, avec réalisme et honnêteté. C’est une approche qui me parle beaucoup. Je n’ai pas choisi de suivre la voie militaire, pourtant très présente dans la famille, par conviction personnelle. Mais j’ai toujours eu un profond respect pour l’uniforme, et pour ces hommes qui ont accepté de tout risquer pour défendre leur pays. J’ai quand même fait une préparation militaire — commando — de trois semaines sur le camp de Bitche, en Moselle, juste après le bac. C’était une façon pour moi de découvrir concrètement la vie militaire, sans pour autant m’engager. Et je tenais vraiment à vivre cette expérience, à comprendre ce que représente cette discipline de l’intérieur, toute proportion gardée, bien entendu.
Chez Schoendoerffer, ces hommes ne sont pas des héros ni des victimes. Ce sont des individus ordinaires, confrontés à des situations extraordinaires, qui essaient simplement de rester debout, de tenir jusqu’au bout.
Si vous ne connaissez pas son travail, je vous conseille de commencer par “La 317e section” ou “Le Crabe-Tambour”, deux films magnifiques qui montrent la guerre sous un angle profondément humain.
Et si vous aimez les documentaires, prenez le temps de voir “La Section Anderson” : c’est un film fort, honnête, et toujours d’actualité.
Pierre Schoendoerffer, c’est un cinéaste qu’on dècouvre redécouvre avec respect. Il n’a jamais cherché à faire aimer la guerre, seulement à la comprendre et à en montrer le prix.
Merci d’avoir écouté cet épisode, et à très bientôt sur mon podcast.
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