French with Timo
Learn French with Timo Podcast
Podcast #33 : La bataille de Camerone
Preview
0:00
-12:02

Podcast #33 : La bataille de Camerone

When 65 French Legionnaires held off a Mexican army

Sept heures du matin. La chaleur commence déjà à peser. Soixante-cinq soldats français de la Légion Étrangère en provenance du port mexicain de Veracruz avancent sur un chemin de terre poussiéreux. Ils ont peu d’eau, peu de munitions. Et soudain… ils comprennent qu’ils sont entourés. Deux mille soldats mexicains les encerclent.

Que font-ils ? Ils se battent. Toute la journée. Pendant onze heures.

Bienvenue dans ce podcast en français. Aujourd’hui, nous parlons de la bataille de Camerone : une histoire de courage, d’empire, et d’une légende qui dure encore aujourd’hui.

This Substack is reader-supported. To receive new posts and support my work, consider becoming a free or paid subscriber.


An English translation is available at the end of the article. The parts in bold will be studied in the premium section.

La bataille, le 30 avril 1863

Nous sommes dans un petit village mexicain appelé Camerone, ou Camarón de Tejeda en espagnol. Une compagnie de la Légion étrangère reçoit une mission : escorter un convoi de ravitaillement vital pour les troupes françaises qui assiègent la ville de Puebla. Ce convoi transporte des vivres, des médicaments, du matériel de siège… et trois millions de francs en pièces d’or.

Le commandant s’appelle le capitaine Jean Danjou. Il a quarante ans. Il a une main gauche en bois car il a perdu la vraie dans une bataille quelques années plus tôt. Ses hommes ? Soixante-deux soldats, et deux officiers volontaires : le sous-lieutenant Vilain et le sous-lieutenant Maudet.

Mais cette nuit-là, une éclaireuse amérindienne a averti les Mexicains. Et maintenant, deux mille soldats — mille deux cents fantassins et huit cents cavaliers — attendent ces soixante-cinq hommes sur la route.

Les légionnaires repèrent l’ennemi à sept heures du matin. Ils résistent à une première charge de cavalerie en formant un carré, puis se replient vers une auberge en ruine, une hacienda. Mais au cours du repli, les deux mules qui transportent vivres et munitions s’enfuient. Les légionnaires se retrouvent assiégés, sans eau, sans nourriture, sous une chaleur écrasante.

Un officier mexicain somme Danjou de se rendre. Le capitaine répond :

« Nous avons des cartouches et ne nous rendrons pas. »

Puis il lève la main — sa main en bois — et jure de se défendre jusqu’à la mort. Il fait prêter le même serment à chacun de ses hommes. Il est dix heures du matin.

Le combat commence. À midi, Danjou est touché d’une balle en pleine poitrine. Il meurt. À 14h, Vilain tombe, frappé d’une balle au front. Les Mexicains mettent le feu à l’auberge. La chaleur, la fumée, la soif. Mais les légionnaires tiennent quand même.

À 17h, il ne reste plus que six hommes : Maudet, le caporal Maine, et les légionnaires Catteau, Wensel, Constantin, Leonhard. Chacun garde encore une cartouche. Baïonnette au canon, le dos au mur, ils font face.

Au signal, ils tirent leurs dernières balles et chargent.

Catteau meurt criblé de dix-neuf balles en protégeant son officier. Maudet et deux légionnaires tombent grièvement blessés. Maine et ses deux camarades vont être massacrés quand un officier mexicain se précipite et les sauve : « Rendez-vous ! »

Maine répond, baïonnette encore levée :

« Nous nous rendrons si vous promettez de relever et de soigner nos blessés, et de nous laisser nos armes. »

« On ne refuse rien à des hommes comme vous ! »

Le colonel mexicain s’écrie : « Mais ce ne sont pas des hommes. Ce sont des démons. »

Onze heures de combat. Trois cents Mexicains tués, trois cents blessés. Et le convoi ? Il arrive sans encombre à Puebla. La mission est accomplie.


Le témoin oublié

Il y a un personnage que l’histoire oublie souvent.

Il s’appelle Casimir Laï, le tambour de la compagnie. C’est un Italien, né en Sardaigne. Pendant la bataille, il est blessé de sept coups de lance et deux balles. Les Mexicains le croient mort. Ils le jettent dans un fossé.

Mais Laï ne meurt pas. Dans la nuit, il se relève, à demi nu, couvert de blessures, et parcourt plusieurs kilomètres dans les broussailles pour rejoindre le camp français. C’est lui qui raconte la bataille. C’est grâce à lui que l’histoire de Camerone est connue. Il sera décoré de la Légion d’honneur.


Mais pourquoi des soldats français combattent-ils au Mexique ?

Nous sommes en 1863. En France, c’est le règne de Napoléon III, le neveu de Napoléon Bonaparte. Il dirige le Second Empire, de 1852 à 1870. Son ambition : étendre l’influence française dans le monde entier.

Son idée pour l’Amérique latine ? Créer un grand empire catholique et latin, pour contrebalancer la puissance des États-Unis au nord.

Au même moment, le Mexique suspend le remboursement de ses dettes étrangères. La France envoie des soldats, officiellement pour protéger ses intérêts financiers. Mais Napoléon III révèle rapidement son vrai plan : installer un empereur européen au Mexique. Il choisit Maximilien de Habsbourg, un prince autrichien.

C’est l’Intervention française au Mexique. Les légionnaires ont pour mission de sécuriser le pays. Mais les Mexicains résistent. Très fortement.


L’autre histoire de Camerone

Parlons maintenant de ce que les livres d’histoire français mentionnent rarement : le point de vue mexicain.

Pour les soldats mexicains ce jour-là, la bataille de Camerone n’est pas une défaite. C’est une victoire militaire. Deux mille hommes ont finalement écrasé soixante-cinq envahisseurs étrangers sur leur propre territoire. Leur général, le colonel Francisco de Paula Milán, a mené un combat difficile contre des légionnaires extraordinairement bien entraînés et déterminés.

Et surtout, ces soldats mexicains combattaient pour quelque chose de profond : défendre leur pays contre une occupation étrangère. Ce n’étaient pas des ennemis sans visage. C’étaient des citoyens qui résistaient à ce que le Mexique vit encore aujourd’hui comme une tentative d’annexion déguisée.

Pour le Mexique, le vrai héros de cette guerre n’est pas Danjou. C’est Benito Juárez, l’homme qui a refusé de plier, qui a maintenu le gouvernement républicain en exil, qui a tenu pendant cinq ans face à une puissance européenne, et qui a finalement gagné.

Juárez est aujourd’hui l’une des figures les plus célébrées de l’histoire mexicaine. Son portrait est sur les billets de banque. Son nom est donné à des villes, des avenues, des écoles dans tout le pays. Au Mexique, cette guerre s’appelle la Intervención francesa et elle est enseignée dans les écoles comme un symbole de résistance nationale et de souveraineté.

Camerone, elle, est peu connue au Mexique. Pas par oubli mais parce que dans la mémoire mexicaine, la bataille n’est qu’un épisode parmi d’autres d’une guerre plus grande : la lutte pour rester libre.


La Légion Étrangère, ces hommes venus de partout

Mais qui sont ces légionnaires ?

La Légion étrangère est créée en 1831. Elle recrute des étrangers pour combattre sous le drapeau français. À Camerone, on comptait des Français, des Allemands, des Italiens, des Belges, des Suisses. Des hommes sans pays commun, mais avec un même uniforme.

La devise de la Légion ? Legio Patria Nostra, “La Légion est notre patrie.”


Un empire qui s’effondre

Cette guerre se termine mal pour la France.

En 1865, la guerre de Sécession américaine prend fin. Les États-Unis font pression sur Napoléon III : aucun empire européen ne sera toléré sur ce continent. Napoléon retire ses troupes en 1867 et abandonne Maximilien à son sort.

Sans l’armée française, l’empire s’effondre. Maximilien est capturé et fusillé le 19 juin 1867 à 34 ans. Le peintre Édouard Manet immortalisera cette scène dans un tableau célèbre, L’Exécution de Maximilien. Juárez reprend le pouvoir. La France repart, sans gloire.

Qu’est-ce qui reste de cette guerre aujourd’hui ? Peu de choses visibles. Quelques noms de rues en France. Le souvenir d’un échec impérial. Et au Mexique, une méfiance historique envers les ingérences étrangères qui a profondément façonné la politique mexicaine jusqu’à aujourd’hui. Le principe de non-intervention est même inscrit dans la Constitution mexicaine.


Pourquoi Camerone est-elle célèbre ?

Militairement, Camerone était une défaite française. Mais elle est devenue le symbole de l’esprit de sacrifice de la Légion : tenir sa parole jusqu’au bout, même face à l’impossible.

Napoléon III a décidé que le nom de Camerone serait inscrit sur le drapeau du Régiment étranger. Les noms de Danjou, Vilain et Maudet ont été gravés en lettres d’or sur les murs des Invalides, à Paris.

Chaque 30 avril, un lieutenant méritant lit le récit de la bataille à voix haute devant les soldats rassemblés. Et on présente la relique la plus sacrée de la Légion : la main en bois du capitaine Danjou, cette main qu’il avait levée pour faire jurer ses hommes. Elle est conservée au musée de la Légion à Aubagne.

Et à Camarón de Tejeda, quand les soldats mexicains passent devant le monument aux morts, ils présentent les armes en silence, sans musique, sans ordre vocal. Un hommage aux combattants des deux camps.

Deux pays. Deux mémoires. Une même journée. Le 30 avril 1863, des hommes sont morts pour ce en quoi ils croyaient, des deux côtés d’un même mur en ruine.

Merci d’avoir écouté ce podcast !

Est-ce que vous connaissiez cette bataille, ou cette guerre ? J’espère que cela vous donne envie d’en apprendre plus sur cette époque fascinante de l’histoire de France… et du Mexique.

Leave a comment

Retrouvez une liste de vocabulaire et une analyse grammaticale de cet épisode en dessous de la transcription.

À bientôt pour un nouvel épisode !


Sources : Expédition du Mexique, 1861-1867, Gustave Léon Niox.

Bataille de Camerone, Wikipédia.

Le récit officiel du combat de la Bataille de Camerone - Extrait de Képi blanc.


Sujets de discussion pour la prochaine session du cercle la semaine prochaine :

  • Est-ce que vous connaissiez la bataille de Camerone ou l’Intervention française au Mexique avant cet épisode ?

  • L’histoire est toujours racontée d’un certain point de vue. Est-ce que cela vous a déjà surpris dans les livres d’histoire de votre pays ?

  • Qui considérez-vous comme le vrai héros de cette histoire : Danjou, Juárez, ou quelqu’un d’autre ?

  • Est-ce que votre pays a une “bataille perdue” qui est quand même célébrée comme un symbole national ? Pourquoi, selon vous ?

  • Les soldats mexicains ont montré du respect envers leurs ennemis après la bataille. Est-ce que cela vous surprend, ou cela vous semble naturel ?

  • La France est repartie du Mexique “sans gloire” en 1867. Comment pensez-vous qu’un pays digère un échec historique comme celui-là ?

Book your seat for the next session here, use the code TIMO26 to get 50% off on your first session : https://calendly.com/learnfrenchwithtimo/le-cercle-conversation


Vocabulaire — La bataille de Camerone

  • un convoi de ravitaillement : a supply convoy

  • assiéger : to besiege

User's avatar

Continue reading this post for free, courtesy of French with Timo.